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gravé sur acier.
Scribitur ad narrandum ET PROBANDUM.
La pièce, récemment représentée au Théâtre-Français sous le titre deThermidor, a réveillé l'attention publique sur un des événementsles plus controversés de la Révolution française: la chute de MaximilienRobespierre.
Des innombrables discussions auxquelles a donné lieu la pièce de M.Sardou, il est résulté pour moi cette conviction, à savoir que presquepersonne, parmi ceux qui ont la prétention de bien connaître laRévolution, ne sait le premier mot de la basse intrigue qui a amené lacatastrophe du 9 thermidor.
Pour un certain nombre de républicains de nos jours, peu d'accord avecla grande école républicaine de 1830, avec les Armand Carrel, lesGodefroy Cavaignac, les Garnier-Pagès, les Buchez, les Raspail, lesArmand Barbès et tant d'autres, Robespierre est resté l'incarnation dela Terreur. On a beau leur rappeler le mot que prononçait Barère, au nomdu comité de Salut public, dans la séance du 10 thermidor, mot qui donnaà la tragédie de ce jour sa véritable signification: «Robespierre a péripour avoir voulu arrêter le cours terrible, majestueux de laRévolution», rien n'y fait. Il n'y a pires sourds que ceux qui neveulent entendre.
Comme le disait si bien Henry Maret, il y a quelques mois, avec son bonsens gaulois: «C'est le vieux préjugé, la vieille légende persistante,qui fait de Robespierre un bouc émissaire, chargé de tous les méfaits dela Terreur».
Songez donc, c'est si commode! Chacun s'est débarrassé de sa part deresponsabilité en rejetant tout sur les vaincus qui, muets dans leurtombe, n'étaient plus là pour répondre. Et malheur à qui eût osé éleverla voix pour les défendre; on lui aurait fait voir que le règne de laguillotine n'était point passé. Aussi la légende a-t-elle pu s'établiravec une facilité merveilleuse. Il y a même de graves docteurs qui vousdisent qu'il n'y a point d'intérêt à la détruire; que chacun a le droitd'édifier sur elle tous les contes en l'air que peut enfanter uneimagination maladive ou perverse, comme si la vérité n'était pas d'unintérêt supérieur à tout.
S'il faut en croire certains publicistes qui présentent plaisammentM. de Robespierre comme «le plus noir scélérat des tempsmodernes», les choses sans lui se seraient passées le plus doucement dumonde. Otez Robespierre de la Révolution, et les principes de 1789,qu'il n'avait pas peu contribué à faire proclamer, se seraient défendustout seuls. Pas d'émigration, pas de manifeste de Brunswick; Louis XVIet Marie-Antoinette se seraient agenouillés devant la Révolution; laVendée ne se serait pas soulevée; soixante départements ne se seraientpas insurgés contre la Convention; l'armée de Condé n'aurait pasbivouaqué sur nos frontières dès les premiers mois de 1792; toutel'Europe ne se serait pas levée en armes contre nous; les millions del'Angleterre n'auraient pas servi à alimenter la coalition; Danton enfinne se serait pas cru obligé de réclamer l'établissement du tribunalrévolutionnaire et de faire mettre la terreur à l'ordre du jour. Non,mais vraisemblablement il y aurait eu soixante-treize Girondins de plusexécutés sur la place de la Révolution.
Nul n'ignore aujourd'hui la réponse de Cambacérès à Napoléon lui