L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables me donnelieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un desmaîtres de notre éloquence n'ait désapprouvé le dessein de les mettre envers. Il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun; qued'ailleurs la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de notrelangue, m'embarrasseraient en beaucoup d'endroits, et banniraient de laplupart de ces récits la breveté, qu'on peut fort bien appeler l'âme duconte, puisque sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cetteopinion ne saurait partir que d'un homme d'excellent goût; jedemanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu, et qu'il crût queles grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemies des musesfrançaises que l'on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie.
Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pasdire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais surcelui des modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples quifont profession de poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage.