POUR LA PATRIE

ROMAN DU XXe SIÈCLE

Ne læteris inimica mea super me, quia cecidi: consurgam, cum sedero in tenebris, Dominus lux mea est.

Ô mon ennemie, ne vous réjouissez point de ce que je suis tombée; je me relèverai après que je me serai assise dans les ténèbres; le Seigneur est ma lumière.

Michæas, propheta, VII, 8.
MONTRÉAL
CADIEUX & DEROME
LIBRAIRES-ÉDITEURS
1895

AVANT-PROPOS

Le R. P. Caussette, que cite le R. P. Fayollat dans son livre surl'Apostolat de la presse, appelle les romans une inventiondiabolique. Je ne suis pas éloigné de croire que le digne religieuxa parfaitement raison. Le roman, surtout le roman moderne, et plusparticulièrement encore le roman français me paraît être une armeforgée par Satan lui-même pour la destruction du genre humain. Etmalgré cette conviction j'écris un roman! Oui, et je le fais sansscrupule; pour la raison qu'il est permis de s'emparer des machinesde guerre de l'ennemi et de le faire servir à battre en brèche lesremparts qu'on assiège. C'est même une tactique dont on tire quelqueprofit sur les champs de bataille.

On ne saurait contester l'influence immense qu'exerce le roman sur lasociété moderne. Jules Vallès, témoin peu suspect, a dit: “Combienj'en ai vu de ces jeunes gens, dont le passage, lu un matin, adominé, défait ou refait, perdu ou sauvé l'existence. Balzac, parexemple, comme il a fait travailler les juges et pleurer les mères!Sous ses pas, que de consciences écrasées! Combien, parmi nous, sesont perdus, ont coulé, qui agitaient au-dessus du bourbier où ilsallaient mourir une page arrachée à la Comédie humaine.... Amour,vengeance, passion, crime, tout est copié, tout. Pas une de leursémotions n'est franche. Le livre est là.” [Citation du père Fayollat.]

Le roman est donc, de nos jours une puissance formidable entre lesmains du malfaiteur littéraire. Sans doute, s'il était possible dedétruire, de fond en comble, cette terrible invention, il faudrait lefaire, pour le bonheur de l'humanité; car les suppôts de Satan leferont toujours servir beaucoup plus à la cause du mal que les amisde Dieu n'en pourront tirer d'avantages pour le bien. La même chosepeut se dire, je crois, des journaux. Cependant, il est admis,aujourd'hui, que la presse catholique est une nécessité, même uneœuvre pie. C'est que, pour livrer le bon combat, il faut prendretoutes le armes, même celles qu'on arrache à l'ennemi; à lacondition, toutefois, qu'on puisse légitimement s'en servir. Il fauts'assurer de la possibilité de manier ces engins sans blesser sespropres troupes. Certaines inventions diaboliques ne sont propresqu'à faire le mal: l'homme le plus saint et le plus habile ne sauraiten tirer le moindre bien. L'école neutre, par exemple, ou lessociétés secrètes, ne seront jamais acceptées par l'Église commemoyen d'action. Ces choses-là, il ne faut y toucher que pour lesdétruire; il ne faut les mentionner que pour les flétrir. Mais leroman, toute satanique que puisse être son origine, n'entre pas danscette catégorie. La preuve qu'on peut s'en servir pour le bien, c'estqu'on s'en est servi ad majorem Dei gloriam. Je ne parle pas duroman simplement honnête qui procure une heure d'agréable récréationsans disposer dans l'âme des semences funestes; niais du roman quifortifie la volonté, qui élève et assainit le cœur, qui fait aimerdavantage la vertu et liait le vice, qui inspire de noblessentiments, qui est, en un mot, la contrepartie du roman inf

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