PARIS
PERROTIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR
41, RUE FONTAINE-MOLlÈRE, 41
Sommaire.--Triste position de l'armée française.--Épidémie àMayence.--Espérances de Napoléon.--Organisation de l'armée.--Marmontétablit son quartier général à Worms.--L'armée ennemie passe le Rhin àBâle (20 décembre) et à Manheim (1er janvier 1814).--Retraite du corpsde Marmont sur Metz et Bar-le-Duc.--Retraite du duc de Bellune sur Nancy(26 janvier).--Arrivée de Napoléon à Vitry.--Mouvements des autres corpsde l'armée française.--Ordres donnés au prince Eugène.--Désobéissance duprince Eugène.--Positions occupées par les alliés.--Bataille deBrienne.--Bataille de la Rothière.--Rôle de Marmont pendant cettebataille.--Retraite sur Troyes.--Combat de Rosnay (2février).--Découragement général.--Lettre de Marmont au prince deNeufchâtel.--Champaubert.--Courage du soldatfrançais.--Anecdotes.--Paroles de l'Empereur.--Napoléon et M.Mollien.--Bataille de Montmirail.--Combat de Vauchamps.--Marmontsurprend les Russes à Étoges.--Anecdote.--Grouchy et l'épée du généralOurousoff.
Les revers de 1813 nous avaient ramenés sur le Rhin. Cette résurrectionsi étonnante de l'armée française au commencement de l'année, ledéveloppement de forces si prodigieuses, opéré pendant l'armistice, nelaissaient plus que des souvenirs. Tout avait péri ou avait disparu. Lesgarnisons, restées sur l'Elbe et la Vistule, les pertes éprouvées dansde si nombreux combats, les désastres de Leipzig, enfin une misèretoujours croissante, avaient réduit l'armée à n'être plus que l'ombred'elle-même. La retraite avait présenté le spectacle de la mêmeconfusion que celle de Russie. Des soixante mille hommes environ quiavaient atteint le Rhin, à peine quarante mille avaient des armes.
L'armée arriva à Mayence, les 1er et 2 novembre, dans cet horrible état.Comme de pareils revers n'avaient pas été prévus, rien n'avait étépréparé pour la recevoir. Des besoins de toute nature, des embarras detoute espèce, vinrent l'assaillir. Ce fut le prélude de nouveauxmalheurs.
Une armée dans un désordre aussi grand, après avoir éprouvé desemblables souffrances, porte avec elle le germe des plus cruellesépidémies. Quand rien n'est prêt pour combattre ces funestesprédispositions, on est assuré de voir arriver les plus affreuxravages.
Cette multitude de jeunes soldats, exténués, découragés, fut rapidementatteinte du fléau épidémique1. La mortalité, dans des établissementsformés à la hâte, presque entièrement dépourvus de moyens de traitement,s'éleva rapidement à un nombre tel, que, dans le seul bâtiment de ladouane, converti en hôpital, il mourut jusqu'à trois cents hommes en unseul jour.
La terreur s'étant mise parmi les médecins et les employés des h