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Project by Carlo Traverso and Mireille Harmelin
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1891
Le nouveau roi de France, la Ramée, avait assis son camp près de Reims,dans une vieille maison de campagne abandonnée, qui lui servait à la foisde forteresse et de palais.
C'était là qu'il se repaissait de chimères, là qu'il rêvait à la fortune età l'amour. Entouré de soldats qui le gardaient avec soin, et dont le nombrese grossissait à chaque instant, il s'occupait en homme actif etintelligent à les armer, à leur donner quelque éducation militaire, en mêmetemps qu'il s'efforçait de faire croire au peuple que la légitimité,dernier espoir de la France, était venue en sa personne honorer la ville deReims, où se font les rois.
Bon nombre d'oisifs, crédules comme quiconque n'a rien à faire, levisitaient et s'en retournaient enchantés. Il avait cette noblesse detaille et de visage qui répond à l'idée qu'on se fait de la royauté; ilavait le regard clair et superbe, un peu cruel même, des princes Valois,dont il se disait le successeur. N'était-ce pas assez pour que les badaudsqui, de toute éternité, ont foisonné dans ce beau pays de France, luiaccordassent quelque droit et beaucoup de révérences?
La Ramée songeait beaucoup plus au solide. Autour de lui on faisait bonnegarde. Dans un rayon d'environ une lieue, ses quinze cents hommes étaientéchelonnés, non sans une certaine habileté stratégique, et lescommunications de ces lignes au quartier général où se trouvait le chef,avaient été établies de manière que, comme dans une toile d'araignée, pasun fil de la circonférence ne fût touché sans avertir le centre.
Par une soirée de printemps, fraîche et pure, le château du nouveau princeoffrait un coup d'oeil plus bizarre que royal. On voyait rangés dans lagrande cour, convertie en cour d'honneur, les gardes particuliers de SaMajesté la Ramée, c'est-à-dire environ deux cents Espagnols ou ligueursenragés, parmi lesquels l'observateur eût reconnu plusieurs des visages quenous avons vus chez la duchesse de Montpensier, le jour de la proclamationdu dernier Valois.
Au milieu de la cour, sous un grand marronnier dont les pousses vigoureusescommençaient à faire jaillir des panaches verts de leurs gaines visqueuses,s'élevait une sorte de trône, dont l'élévation compensait la mesquinerie.Pauvre vieux fauteuil magnifique encore dans l'ombre de la grande sallepoudreuse d'où on l'avait exhumé, il semblait s'effrayer de l'honneur quelui faisait le grand jour, malgré la tapisserie détachée du mur, et drapéeingénieusement aux branches du marronnier pour servir de dais au-dessus dece trône.
La tapisserie qu'hélas on n'avait pas choisie, car elle était unique auchâteau, représentait un martyre de saint. Le patient se tordait, une cordeau col, fatal augure, au milieu d'une troupe de bourreaux et delégionnaires romains ornés de casques incroyables. Çà et là, sur le sol,l'artiste avait semé des clous, des fers rougis, des haches, des masses,des coutelas et des flèches, tout l'attirail enfin du martyrologe. Il n'yavait qu'à se baisser pour en prendre.
Mais, bien que curieuse à voir, cette tapisserie mauss