Notes de transcription:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.

L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.


 

 

COLLECTION HETZEL.


LA FABRIQUE DE MARIAGES

PAR

PAUL FÉVAL.

II


Édition autorisée pour la Belgique et l'Étranger,
interdite pour la France.


LEIPZIG,

ALPH. DURR, LIBRAIRE-EDITEUR.


1858

BRUXELLES.—TYP. DE J. VANBUGGENHOUDT,
Rue de Schaerbeek. 12.


TABLE DES CHAPITRES

PREMIÈRE PARTIE.

LA PETITE BONNE FEMME.

(SUITE.)

7

IX

—La marquise de Sainte-Croix.—

Vous voyez bien que ce pauvre Jean-François Vaterlot, dit Barbedor,n'était pas un coquin. Il y allait de bon cœur et n'eût pas demandémieux en ce moment que de prodiguer à Garnier de Clérambault tout cequ'un fort-et-adroit peut fournir de coups de poing, de coups de pied,etc., etc.

Malheureusement, Barbedor avait une passion.

L'habit bleu tira sa boîte à cigares de sa poche, ce qui était saressource dans les grandes occasions. 8 Il choisit un havane sansdéfauts et s'en alla paisiblement l'allumer au cigare que Jean avaitlaissé sur la table.

—Niaiseries, niaiseries que tout cela, dit-il;—nous nous connaissonsbien tous les trois, que diable!... Quand M. Lagard aura l'idée dem'assommer, on lui montrera ce qu'on sait faire... En attendant, commeil peut jeter des bâtons dans nos roues, on ne refuse pas de lui fairede temps en temps un petit cadeau pour entretenir l'amitié... mais millefrancs d'un coup, c'est sec!... Pour ne pas se manger entre camaros,on n'a pas besoin de s'entr'adorer.

Ces termes d'argot ont quelque chose de plus ignoble quand ils sontprononcés par flatterie.

Dès que l'habit bleu eut remis le cigare de Jean sur la table, celui-cile prit, le jeta par terre et l'écrasa sous son pied.

—Allons, dit le bonhomme,—en voilà assez, monsieur Garnier... Aularge!

Mais sa voix n'était plus déjà si ferme. L'habit bleu avait cligné del'œil en le regardant.—Jean Lagard mit ses mains dans ses poches etse promena de long en large en sifflant.

—Mon vieux Barbedor, murmura Garnier au moment où il avait le dostourné,—notre intérêt serait de vous planter là; car nous n'avons plus9 guère besoin de vous... Il y en aurait joliment qui vousprendraient au mot et qui fileraient sans rien dire... mais, moi... laloyauté, je ne connais que ça... Je ne veux pas vous priver de votrepart dans les bénéfices pour un petit instant d'humeur...—Ne vous gênezpas! s'interrompit-il en voyant revenir Jean Lagard;—faites semblant deme dire des injures... ça fera bien... Il n'en est pas moins vrai quej'ai dans ma poche un journal qui vaut de l'argent pour vous...

—Un journal! répéta Barbedor.

—Le Journal des Débats.

—Qui vaut de l'argent pour moi?

—Grondez, papa!... le neveu vous regarde!...

Jean avait, en effet, les yeux fixés sur son oncle. Il s'arrêta uninstant, puis il eut un sourire et tourna le dos.

L'habit bleu n'attendait que cela

...

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