Au lecteur

LE BOSSU.


Bruxelles.—Imp. de E. Guyot, succ. de Stapleaux,
rue de Schaerbeek, 12.


COLLECTION HETZEL.


LE BOSSU

AVENTURES DE CAPE ET D'ÉPÉE

PAR

PAUL FÉVAL.

4


Édition autorisée pour la Belgique et l'Étranger,
interdite pour la France.


LEIPZIG,

ALPHONSE DÜRR, LIBRAIRE-ÉDITEUR.


1857


TABLE DES CHAPITRES
DU QUATRIÈME VOLUME

LE PALAIS-ROYAL.

(SUITE.)

II

—Entretien particulier.—

5

La silhouette de Philippe d'Orléans et celle de son bossu ne semontrèrent plus aux rideaux du cabinet. Le prince venait de se rasseoir;le bossu restait debout devant lui, dans une attitude respectueuse, maisferme.

Le cabinet du régent avait quatre fenêtres, deux sur le jardin, deux surla cour des Fontaines.

On y arrivait par trois entrées, dont l'une était publique; la grandeantichambre, les deux autres dérobées. Mais c'était là le secret de la6 comédie. Après l'opéra, ces demoiselles, bien qu'elles n'eussent àtraverser que la cour aux Ris, arrivaient à la porte du duc d'Orléans,précédées de lanternes à manche et faisaient battre la porte à toutevolée! Cossé, Brissac, Gonzague, la Fare et le marquis de Bonnivet, cebâtard de Gouffier que la duchesse de Berry avait pris à son service«pour avoir un outil à couper les oreilles,» venaient frapper à l'autreporte en plein jour.

L'une de ces issues s'ouvrait sur la cour aux Ris, l'autre sur la courdes Fontaines, déjà dessinée en partie par la maison du financier Maretde Fonbonne et le pavillon Riault. La première avait pour concierge unebrave vieille, ancienne chanteuse de l'Opéra, la seconde était gardéepar le Bréant, ex-palefrenier de Monsieur. C'étaient de bonnes places.Le Bréant était en outre l'un des surveillants du jardin, où il avaitune loge, derrière le rond-point de Diane.

C'est la voix de le Bréant que nous avons entendue, au fond du corridornoir, quand le bossu entra par la cour des Fontaines.

On l'attendait en effet. Le régent était seul. Le régent était soucieux.

Le régent avait encore sa robe de chambre, bien que la fête fûtcommencée depuis longtemps; 7 ses cheveux, qu'il avait très-beaux,étaient en papillotes, et il portait de ces gants préparés pourentretenir la blancheur des mains. Sa mère, dans ses Mémoires, dit quece goût excessif pour le soin de sa personne lui venait de Monsieur.Monsieur, en effet, jusqu'aux derniers jours de sa vie, fut autant etplus coquet qu'une femme.

Le régent avait dépassé sa quarante-cinquième année. On lui eût donnéquelque peu davantage, à cause de la fatigue extrême qui jetait comme unvoile sur ses traits. Il était beau néanmoins; son visage avait de lanoblesse et du charme; ses yeux, d'une douceur toute féminine,peignaient la bonté poussée jusqu'à la faiblesse.

Sa taille se voûtait légèrement quand il ne représentait point. Seslèvres et surtout ses joues avaient cette mollesse, cet affaissement quiest comme un héritage dans la maison d'Orlé

...

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