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RÉCITS D'UN SOLDAT

UNE ARMÉE PRISONNIÈRE

UNE CAMPAGNE DEVANT PARIS
PAR
AMÉDÉE ACHARD
PARIS

1871

PRÉFACE

Les pages qu'on va lire sont extraites d'un cahier de notes écritespar un engagé volontaire. Il n'y faut point chercher de graves étudessur les causes qui ont amené les désastres sous lesquels notre pays afailli succomber, ni de longues dissertations sur les fautes commises.Non; c'est ici le récit d'un soldat qui raconte simplement ce qu'il avu, ce qu'il a fait, ce qu'il a senti, au milieu de ces arméess'écroulant dans un abîme. A ce point de vue, ces souvenirs, qui ontau moins le mérite de la sincérité, ont leur intérêt; c'est un nouveauchapitre de l'histoire de cette funeste guerre de 1870 que nousoffrons à nos lecteurs.

RÉCITS D'UN SOLDAT

* * * * *

PREMIÈRE PARTIE

UNE ARMÉE PRISONNIÈRE

I

Au mois de juillet 1870, j'achevais la troisième année de mes études àl'École centrale des arts et manufactures. C'était le moment où laguerre, qui allait être déclarée, remplissait Paris de tumulte et debruit. Dans nos théâtres, tout un peuple fouetté par les excitationsd'une partie de la presse, écoutait debout, en le couvrantd'applaudissements frénétiques, le refrain terrible de cetteMarseillaise qui devait nous mener à tant de désastres. Desrégiments passaient sur les boulevards, accompagnés par les clameursde milliers d'oisifs qui croyaient qu'on gagnait des batailles avecdes cris. La ritournelle de la chanson des Girondins se promenaitpar les rues, psalmodiée par la voix des gavroches. Cette agitationfactice pouvait faire supposer à un observateur inattentif que lagrande ville désirait, appelait la guerre; le gouvernement, quivoulait être trompé, s'y trompa.

Un décret appela au service la garde mobile de l'Empire, cette mêmegarde mobile que le mauvais vouloir des soldats qui la composaient,ajouté à l'opposition aveugle et tenace de la gauche, semblaientcondamner à un éternel repos. En un jour elle passa du sommeil descartons à la vie agitée des camps. L'École centrale se hâta de fermerses portes et d'expédier les diplômes à ceux des concurrents désignéspar leur numéro d'ordre. Ingénieur civil depuis quelques heures,j'étais soldat et faisais partie du bataillon de Passy portant le no13.

La garde mobile de la Seine n'était pas encore organisée, qu'il étaitfacile déjà de reconnaître le mauvais esprit qui l'animait. Ellepoussait l'amour de l'indiscipline jusqu'à l'absurde. Qui ne serappelle encore ces départs bruyants qui remplissaient la rueLafayette de voitures de toute sorte conduisant à la gare du chemin defer de l'Est des bataillons composés d'éléments de toute nature?Quelles attitudes! quel tapage! quels cris! A la vue de ces bandes quipartaient en fiacre après boire, il était aisé de pressentir queltriste exemple elles donneraient.

Mon bataillon partit le 6 août pour le camp de Châlons; ce furent,jusqu'à la gare de la Villette, où il s'embarqua, les mêmes cris, lesmêmes voitures, les mêmes chants. Des voix enrouées chantaient encoreà C

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