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Source:
Jean-Baptiste Poquelin (1620-1673), alias Molière,
"Oeuvres de Molière, avec des notes de tous les commentateurs",
Tome Premier,
Paris, Librarie de Firmin-Didot et Cie,
Imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56,
1890.
Pages 419-448.
[Spelling of the 1890 edition. Footnotes have been retained becausethey provide the meanings of old French words or expressions.Footnote are indicated by numbers in brackets, and are groupedat the end of the Etext. Text encoding is iso-8859-1.]
Comédie en un acte (1664)
Sganarelle. Molière.
Géronimo. La Thorillière.
Dorimène, jeune coquette,
promise à Sganarelle. Mlle Du Parc.
Alcantor, père de Dorimène. Béjart.
Alcidas, frère de Dorimène. La Grange.
Lycaste, amant de Dorimène.
Pancrace, docteur aristotélicien. Brécourt.
Marphurius, docteur pyrrhonien. Du Croisy.
Deux égyptiennes. Mlle Béjart, Mlle de Brie.
La scène est dans une place publique.
Scène première. - Sganarelle.
- Sganarelle -
(parlant à ceux qui sont dans sa maison.)
Je suis de retour dans un moment. Que l'on ait bien soin du logis, etque tout aille comme il faut. Si l'on m'apporte de l'argent, que l'onvienne me quérir vite chez le seigneur Géronimo ; et si l'on vientm'en demander, qu'on dise que je suis sorti, et que je ne dois revenirde toute la journée.
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Scène II. - Sganarelle, Géronimo.
- Géronimo -
(ayant entendu les dernières paroles de Sganarelle.)
Voilà un ordre fort prudent.
- Sganarelle -
Ah ! seigneur Géronimo, je vous trouve à propos ; et j'allais chezvous vous chercher.
- Géronimo -
Et pour quel sujet, s'il vous plaît ?
- Sganarelle -
Pour vous communiquer une affaire que j'ai en tête, et vous prier dem'en dire votre avis.
- Géronimo -
Très volontiers. Je suis bien aise de cette rencontre, et nous pouvonsparler ici en toute liberté.
- Sganarelle -
Mettez-donc dessus (1), s'il vous plaît. Il s'agit d'une chose deconséquence, que l'on m'a proposée ; et il est bon de ne rien fairesans le conseil de ses amis.
- Géronimo -
Je vous suis obligé de m'avoir choisi pour cela. Vous n'avez qu'à medire ce que c'est.
- Sganarelle -
Mais, auparavant, je vous conjure de ne me point flatter du tout, etde me dire nettement votre pensée.
- Géronimo -
Je le ferai, puisque vous le voulez.
- Sganarelle -
Je ne vois rien de plus condamnable qu'un ami qui ne nous parle pasfranchement.
- Géronimo -
Vous avez raison.
- Sganarelle -
Et, dans ce siècle, on trouve peu d'amis sincères.
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