GEORGES BIZET


LETTRES À UN AMI

1865-1872

INTRODUCTION

DE

EDMOND GALABERT

PARIS

CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS

3, RUE AUBER, 3

portrait de Berlioz.


INTRODUCTION

[1]On m'a dit quelquefois que je devrais faire un livre sur Bizet, et celivre, je ne l'ai jamais fait, et je ne le ferai jamais. Est-ce à moi,d'ailleurs, à le faire? Est-ce à l'élève d'apprécier les œuvres de sonmaître? Est-ce à l'ami de raconter la vie de son ami? Comment s'yprendra-t-il pour trouver et garder le ton juste, et ne risque-t-il pasde mal servir une chère mémoire en voulant trop bien la servir? Pour moncompte je l'ai toujours pensé, et j'ai cru qu'il valait mieux me bornerà fournir des documents aux musicographes plutôt que de me constituermoi-même le biographe de Bizet. Voilà pourquoi, après avoir une premièrefois, en 1877,[2] réuni dans une courte brochure, avec trop de réserve,sans doute, des souvenirs et des extraits de sa correspondance avec moi,je me décide aujourd'hui à publier à peu près intégralement les lettresqu'il m'avait adressées et à raconter les faits que je n'avais pasrapportés alors dans mon opuscule. C'est que j'étais gêné, en effet, parla préoccupation de ne pas me mettre en scène, de ne pas paraître céderaux suggestions d'un vilain amour-propre, et, en cherchant à éviter unmal, je tombai dans un autre. Heureusement, les lettres restent, et leurtexte, au moins est-il là, tandis que les souvenirs,—c'est une loiconstatée par les historiens,—s'altèrent et se déforment, si même ilsne s'effacent pas complètement. Il se peut donc que j'aie oublié desdétails intéressants et que d'autres aient perdu pour moi de leurnetteté. J'aurais dû tout écrire en 1875, au lendemain de la mort deBizet, quand ma mémoire était bonne parce que j'étais jeune. Rien nem'aurait empêché de retarder la publication de ce manuscrit; à présent,je le retrouverais, et bien des[3] mots curieux, bien des conseilsinstructifs eussent été conservés. Enfin, si j'ai eu un très grand tortà cette époque en négligeant de tout noter, c'est une raison de pluspour consigner ici ce dont je continue à me souvenir en prévenanttoutefois que s'il y a des points qui sont demeurés clairs dans monesprit, il risque d'y en avoir d'autres où il y a peut-être de laconfusion lorsque ce n'est pas une perte, une entière disparition.

Quant aux lettres, je les transcris, comme je viens de le dire, à peuprès intégralement, mais à peu près seulement, car certainessuppressions me paraissent s'imposer encore, et je pense qu'en cettematière, il est préférable de pécher par excès de scrupules plutôt quepar légèreté. Sauf de rares exceptions, ces lettres ne sont pas datées.En 1876, je les classai par ordre chronologique en m'aidant desempreintes du timbre apposé sur les enveloppes dans les bureaux deposte. Écrites très rapidement, certaines ne sont pas même ponctuées, etj'ai dû souvent opérer ce travail.

[4]En 1866 ou 1867, je ne sais plus très bien, mais il est probable quec'est en 1866, Bizet me donna le portrait reproduit en tête de cevolume. Si c'était vraiment en 1866, il avait alors vingt-sept anspuisqu'il était né en 1838, au mois d'octobre.

Je passais tous les ans un mois à Paris le voyant soit 32, rueFontaine-Saint-Georges, soit au Vésinet, route des Cultures. Je luiportais des compositions écrites ou je lui en

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