Trois amis éprouvent le besoin de se distraire.Fâcheux résultat d'une déception. Couardise deGeorge. Harris a des idées. Récit du vieux marinet du yachtman inexpérimenté. Un équipageplein de courage. Du danger de mettre à la voilepar vent de terre. De l'impossibilité de naviguerpar vent de mer. Les arguments d'Ethelbertha.L'humidité de la rivière. Harris propose unvoyage à bicyclette. George craint le vent. Harrissuggère la Forêt Noire. George craint lesmontées. Plan imaginé par Harris pour entriompher. Irruption de Mme Harris.
Ce qu'il nous faudrait, dit Harris, ce serait unpeu de distraction.
A ce moment la porte s'ouvrit, et Mme Harris,passant la tête dans l'entre-bâillement, nous ditqu'Ethelbertha l'envoyait me rappeler qu'il ne fallaitpas rentrer trop tard à cause de Clarence...
(Je suis enclin à penser qu'Ethelbertha se tourmentetrop volontiers sur le compte des enfants.L'état de ce petit n'offre en somme aucune gravité.Il est sorti le matin avec sa tante. S'il a le malheur,étant avec elle, de regarder la devanture d'un pâtissier,elle le fait entrer et le bourre de choux à lacrème et de buns jusqu'à ce qu'il se déclare rassasiéet refuse avec politesse et fermeté de mangerquoi que ce soit de plus. Résultat: il a du mal àavaler un peu de purée à déjeuner: et sa mèrecraint qu'il ne couve une maladie grave.)
Mme Harris ajouta que nous ferions bien denous dépêcher de monter pour ne pas manquer larécitation de «The Mad Hatters Tea Party»,tiré d'Alice in Wonderland. Muriel—c'est la récitante—estla deuxième enfant de Harris. Elle ahuit ans, c'est une fille intelligente et gaie, mais,pour ma part, je la préfère dans les piècessérieuses. Nous répondons que nous finissons noscigarettes, que nous viendrons tout de suite après, etnous supplions Mme Harris de ne pas laisserMuriel commencer avant notre arrivée. Elle prometde tout faire pour calmer le zèle de l'enfantet s'en va.
Harris, la porte fermée, reprit sa phrase interrompue.
—Vous comprenez ce que je voulais dire,—unchangement total.
Comment le réaliser?
George proposa «un voyage d'affaires».
Un jeune ingénieur avait, je m'en souviens, projetéun de ces «voyages d'affaires» pour Vienne.Sa femme lui demanda de préciser ses projets. Ils'agissait de visiter des mines aux alentours de lacapitale autrichienne et de rédiger des rapports.Elle désira l'accompagner,—c'était une femme àça. Il fit l'impossible pour l'en dissuader, alléguantque la place d'une jolie femme n'était pasdans une mine. Elle était bien de cet avis. Aussin'avait-elle nullement l'intention de l'accompagnerdans les puits.