EXCELSIOR

ROMAN PARISIEN

PAR

LÉONCE DE LARMANDIE




PARIS
CAMILLE DALOU, ÉDITEUR
17, QUAI VOLTAIRE, 17

1888




A l'auteur de la Décadence Latine.

A l'écrivain catholique, aristocratique et indépendant.




A
JOSÉPHIN PÉLADAN
TÉMOIGNAGE DE SYMPATHIQUE ADMIRATION




PREMIÈRE PARTIE

LE DÉDAIN DE LA FEMME

Race trop haute.







I

QUATORZE ANS

La scène est au petit séminaire de Saint-Yrieix(Haute-Vienne), dirigé par les R. P. P. Jésuites. Lerévérend père Fugères, professeur de rhétorique,pour délasser ses jeunes disciples d'une laborieuseexplication de Tacite, interroge les meilleurs élèvesde la classe sur les carrières futures qu'ils comptentembrasser.

—Voyons, Laflaquière, que voulez-vous être unjour?

Un petit bonhomme grêle et chétif, déjà voûté,prédestiné aux pantoufles et aux lunettes, réponditd'une voix aigrelette: Huissier près le tribunal depaix, comme papa.

—Voilà un voeu facile à contenter; et vous, Coquardot?

—Militaire,—rugit un gros garçon trapu, à lamine rébarbative,—comme mon père.

—Cela vous honore. Et vous, Carcasset?

Un fort en thème, assez malpropre et ne rappelanten rien Antinoüs, anonna sentencieusement:

—Géomètre arpenteur, comme l'auteur de mesjours.

—Vous êtes mesuré dans vos désirs; et vous,Beaussillon?

—Je compte entrer dans les ordres, mon RévérendPère, soupira d'un ton mystique un grandgaillard, maigre et pâle avec de longs cheveux.

Une voix satirique ajouta de façon à être entenduede tous: «Comme celui qui m'a engendré.»

Un éclat de rire s'éleva. Le P. Fugères devint trèsrouge, fixa des yeux terribles sur le malencontreuxsouffleur et lui cria rageusement: M. de Mérigue,venez tout de suite devant ma chaire, vous y resterezdebout, les bras croisés, jusqu'à la fin de laclasse.

L'élève interpellé obéit nonchalamment en haussantles épaules. Le professeur reprit avec uneexpression dédaigneuse:—Et vous, monsieur quivous moquez d'une façon si inconvenante de voscamarades les plus méritants, voudriez-vous nousfaire part de vos projets d'avenir!

Tous les collégiens, voyant l'un d'entre eux surla sellette, le fixaient avidement pour jouir deson embarras.

—Je veux être empereur, répliqua Jacques deMérigue, en levant orgueilleusement sa grosse têteébouriffée.

Un hurrah de surprise railleuse salua cette réponseinattendue.

—Empereur... de quoi?...

—Empereur du monde.

—Ah!... rien que cela?...

—Pardon! j'enverrai des ballons à la conquêtedes étoiles...

—Pas mal... allez à votre place, je vous pardonneen faveur de l'originalité de vos vues.

—Et puis, vous pourriez aussi faire taire tousces huissiers et tous ces géomètres qui ricanent sottement,dit Mérigue.

—Respect à Sa Majesté, messieurs! exclama lejésuite avec beaucoup de gravité.




II

LE REPAIRE NOBLE

Malgré de remarquables aptitudes et un amourprofond des choses littéraires et artistiques, Jacquesde Mérigue, trop rêveur et trop fantaisiste, n'avaitjamais moissonné beaucoup de lauriers en papiervert aux distributions de prix; ses maîtres l'avaientce

...

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