Je ne m'abaisse pas à une justification, je
raconte; la vérité est l'unique abri contre
le venticello de Basile.
AUX CITOYENS
DE LA CORSE ET DE L'ARDÈCHE.
UN MOIS EN AFRIQUE.
La France, la République, les Armes, voilà les aspirationsde toute ma vie de proscrit. Mes idées, mes études, mes exercicesavaient suivi, dès longtemps, cette direction. En vain,depuis dix ans, je m'étais réitérativement adressé au roiLouis-Philippe, à ses ministres, aux vieux compagnons de l'empereur;même une place à la gamelle, même un sac et un mousqueten Afrique, m'avaient été refusés. Vainement, ne pouvantpas servir mon pays, je frappai à toutes les portes, pouracquérir, au moins, quelque expérience militaire, en attendantl'avenir. Ni la Belgique, ni la Suisse, ni Espartero, ni Méhémet-Ali,ni le Czar, de qui j'avais sollicité la faveur de faire unecampagne au Caucase, ne purent ou ne voulurent pas accueillirmes souhaits. A l'âge de dix-sept ans, il est vrai,j'avais suivi en Colombie le général Santander, président dela République de la Nouvelle-Grenade, et j'en avais obtenula nomination de chef d'escadron, qui m'escala depuis legrade au titre étranger que notre Gouvernement provisoirem'avait conféré.
Ce fut peu de jours après Février que, nommé chef de bataillonau premier régiment de la légion étrangère, je vis,bien que d'une façon incomplète, exaucer mes voeux. J'étaisen France, la République était proclamée, et je pouvais laservir par les armes. Sans doute, la nature exceptionnelle demon état militaire, et la non-abrogation de l'article VI de laloi du 40 avril 1832, relative au bannissement de ma famille,apportaient des restrictions pénibles à mon joyeux enthousiasme;mais l'un de ces faits expliquait l'autre. Sans rapporterimplicitement cette loi, le gouvernement de la Républiquene pouvait m'admettre dans un régiment français. Fairecesser décidément notre exil, cela n'entrait pas encore dans sesvues; je ne discuterai pas le mérite politique de son appréciation,mais je dois loyalement reconnaître que tout esprit dehaine ou d'antipathie était bien loin de la pensée de seshonorables membres à cet égard. Le jour où Louis Blancm'annonça ma nomination 1 fut un des plus beaux jours dema vie; j'allai le remercier avec effusion, ainsi que sescollègues, et quels qu'ils soient maintenant, membres del'Assemblée Nationale, simples citoyens, proscrits, hélas! oucaptifs, ils ont en moi un coeur ami et reconnaissant.
Note 1: (retour) Voyez sa lettre aux Pièces justificatives.
Bien avant la révolution, j'avais eu l'honneur de connaîtreparticulièrement Marrast, Crémieux, et Lamartine, dontla famille est alliée de celle de ma mère. Pouvais-je douter del'amitié de Crémieux, dont la voix éloquente et généreuses'était élevée si souvent en faveur des proscrits de mon nom?Flocon et Arago m'avaient accueilli avec une bienveillancetoute fraternelle. Ledru-Rollin m'a exprimé cordialement, entermes flatteurs, le regret de n'avoir pu me faire entrer auservice d'une manière plus complète. Et si des considérationsétrangères à ma personne ne les avaient arrêtés, il est certainque le Gouvernement provisoire ou la Commission exécutiven'eût pas tardé à naturaliser mon grade.
Je sais que des adversaires de ma famille, ou personnels,ont parlé de la loi du 14 avril 1832, dont la prescription principaleest qu'on ne peut obtenir d'emploi dans l'armée, si onn'a satisfait à la loi de recrutement, ou si on ne sort pas d'uneécole milita