ERNEST PÉROCHON
PARIS
LIBRAIRIE PLON
PLON-NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
8, RUE GARANCIÈRE — 6e.
Tous droits réservés.
Droits de reproduction et de traductionréservés pour tout pays.
Il a été tiré de cet ouvrage
250 exemplaires sur papier pur fil des papeteries Lafuma,
à Voiron, numérotés de 1 à 250
DU MÊME AUTEUR A LA MÊME LIBRAIRIE
Nêne. Roman. Préface de Gaston Chérau. Un vol. (60e mille)(Prix Goncourt 1920.)
EN PRÉPARATION
Le Chemin de Plaine. Roman.
DU MÊME AUTEUR :
Chansons alternées. Poésies (Épuisé.)
Flûtes et Bourdons. Poésies. (Épuisé.)
Cet ouvrage a été déposé au ministère de l’Intérieuren 1913.
PARIS. TYP. PLON-NOURRIT ET Cie. 8, RUE GARANCIÈRE. — 25997.
A
P. BRIZON
On a dit de ce livre qu’il était un tableau de la misèrepaysanne.
Lorsqu’il parut pour la première fois, en 1913, il étaitrigoureusement vrai. Mais parler de la misère paysanneen 1921, c’est amener le sourire sur les lèvres des gensbien informés.
Que l’on ne s’y trompe pas, cependant, tous les paysansne s’enrichissent pas !
Comment les valets de charrue qui ne vendent riens’enrichiraient-ils ? Leur salaire est infiniment plus basque le salaire des ouvriers d’industrie, et la vie est aussichère en Basse-Bretagne qu’à Paris, à très peu près…
Mais il n’apparaît peut-être pas clairement à certainesgens que les paysans sont semblables aux autreshommes.
J’en demande bien pardon aux faiseurs de pastoralesmais les paysans mangent et boivent comme tout le mondeet ils préfèrent les bonnes choses aux mauvaises ; l’airpur qui passe sur les guérets ne suffit pas à les alimenter.
Les paysans ne sont pas infatigables ; quand ils travaillentseize heures par jour, ce n’est pas toujours uniquementpar plaisir.
Les paysans ont un cœur ; ils peuvent aimer et haïr ;ils ont de grands et de petits sentiments ; ils sont sensiblesaux injures comme ils sont sensibles aux coups.
Ils peuvent souffrir, enfin, autant que les grands de laterre.
Mais leur souffrance est silencieuse, leur misère estrésignée… Ils y sont tellement habitués !
Mars 1921.
E. P.
LES CREUX-DE-MAISONS
Le train s’étant arrêté brusquement, Séverin Pâtureauet ses compagnons, qui dormaient depuis Thouars,sursautèrent.
La veille, ils avaient quitté, en compagnie de nombreuxet bruyants camarades, la petite ville de l’Estoù ils venaient de terminer leurs quatre années deservice. A chaque grande gare, il était descendu quelques-unsde ces camarades, qu’à moins d’une chancebien improbable, on ne reverrait jamais, et, à présent,ils n’étaient plus que quatre.
Le somme tardif qu’ils venaient de faire, accotésles uns aux autres sur la ban