PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28, RUE BONAPARTE, VIe
ADMINISTRATEUR-ADJOINT DES COLONIES
À Monsieur
Le Gouverneur CLOZEL
En témoignage de respectueuse reconnaissance.

Pour bien connaître une race humaine,pour apprécier sa mentalité, pour dégagerses procédés de raisonnement, pourcomprendre sa vie intellectuelle et morale,il n'est rien de tel que d'étudier sonfolklore, c'est-à-dire la littérature naïveet sans apprêts issue de l'âme populaireet nous la livrant dans sa nudité primitive.
Aussi convient-il d'encourager tousceux qui, appelés par leurs fonctions àvivre au contact de populations aussimal connues de nous que le sont encoreles Noirs de l'Afrique Occidentale, onteu la patience et le talent d'écouter parlerles indigènes et de recueillir de leur boucheles contes merveilleux ou légendaires,les fables d'animaux, les apologuessatiriques qui constituent le fond dela littérature orale de ces peupladesprivées de littérature écrite.
Par tout le continent africain, etnotamment dans l'immense région quis'étend entre le Sahara et la forêt équatorialeet que nous appelons communémentle Soudan, cette littérature oralefleurit depuis des siècles et elle a acquis,de génération en génération, une richesseet une ampleur d'autant plus considérablesque, sauf dans une minorité demusulmans instruits et versés dans lalangue arabe, aucune littérature écriten'est venue lui faire concurrence.
Un certain nombre de voyageurs, demissionnaires, de fonctionnaires et d'officiersont rapporté d'Afrique des contes,des fables et des légendes et les ontpubliés dans des ouvrages divers ou dansdes articles de revues. Mais ces publicationsont le défaut d'être dispersées etpar suite peu accessibles à ceux que lefolk-lore nègre intéresse plus particulièrement.Les recueils proprement dits decontes soudanais sont rares à l'heureactuelle, bien que l'éditeur Ernest Lerouxnous ait dotés, à cet égard, d'une bibliothèquerenfermant des ouvrages aussiprécieux et intéressants que ceux deBérenger-Féraud, de Ch. Monteil, deDupuis-Yakouba, de P. de Zeltner.
Grâce au concours bienveillant deM. le Gouverneur Clozel, que l'on trouvetoujours disposé à favoriser toutes lespublications d'ethnographie et de linguistiquesoudanaises, cette bibliothèques'enrichit aujourd'hui d'une nouvellesérie, due à M. l'administrateur Equilbecq,série dont le présent volume neforme que le début et dont l'importanceni l'intérêt n'échapperont à personne.
Les hasards de sa carrière ont promenéM. Equilbecq du Sénégal au Niger etdes montagnes de la Guinée aux valléesmarécageuses de la Volta. Partout où ilest passé, il s'est mis en relation avec lesgriots, qui forment en quelque sorte lacaste littéraire chez les populations duSoudan, et il a collectionné toutes leshistoires qu'il a pu se faire conter. Samoisson a été fort riche et se trouve êtrefort variée. Mais il ne s'est pas contentéde moissonner: il a voulu tirer parti desa récolte et il nous présente aujourd'huiune étude d'ensemble sur la littératurepopulaire du Soudan que tout le mondelira avec le plus vif intérêt et que lesfolkloristes en particulier salueront avecle plus vif plaisir.
Les deux principaux mérites de son