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1858
Mes raisons pour publier ces Mémoires de mon vivant—Mon entrée dansle monde—Mes premières relations avec M. de Chateaubriand, M. Suard,Mme de Staël, M. de Fontanes M. Royer-Collard.—On veut me fairenommer auditeur au Conseil d'État impérial.—Pourquoi cela n'eut paslieu—J'entre dans l'Université—J'ouvre mon cours d'histoiremoderne—Salons libéraux et comité royaliste—Caractère des diversesoppositions vers la fin de l'Empire.—Tentative de résistance duCorps législatif.—MM. Laîné, Gallois, Maine-Biran, Raynouard etFlaugergues—Je pars pour Nîmes—État et aspect de Paris et de la Franceen mars 1814—La Restauration s'accomplit.—Je reviens à Paris et jesuis nommé secrétaire général au ministère de l'intérieur.
(1807-1814.)
J'agis autrement que n'ont fait naguère plusieurs de mes contemporains;je publie mes Mémoires pendant que je suis encore là pour en répondre.Ce n'est point par lassitude du repos, ni pour rouvrir à d'anciennesluttes une petite arène, à défaut de la grande, maintenant fermée. J'aibeaucoup lutté dans ma vie, et avec ardeur. L'âge et la retraite ontrépandu, pour moi, leur paix sur le passé. C'est d'un ciel profondémentserein que je reporte aujourd'hui mes regards vers cet horizon chargé detant d'orages. Je sonde attentivement mon âme, et je n'y découvre aucunsentiment qui envenime mes souvenirs. Point de fiel permet beaucoup defranchise. C'est la personnalité qui altère ou décrie la vérité. Voulantparler de mon temps et de ma propre vie j'aime mieux le faire du bordque du fond de la tombe. Pour moi-même, j'y trouve plus de dignité, etpour les autres j'en apporterai, dans mes jugements et dans mes paroles,plus de scrupule. Si des plaintes s'élèvent, ce que je ne me flatteguère d'éviter, on ne dira pas du moins que je n'ai pas voulu lesentendre, et que je me suis soustrait au fardeau de mes oeuvres.
D'autres raisons encore me décident. La plupart des. Mémoires sontpubliés ou trop tôt ou trop tard. Trop tôt, ils sont indiscrets ouinsignifiants; on dit ce qu'il conviendrait encore de taire, ou bien ontait ce qui serait curieux et utile à dire. Trop tard, les Mémoires ontperdu beaucoup de leur opportunité et de leur intérêt; les contemporainsne sont plus là pour mettre à profit les vérités qui s'y révèlent etpour prendre à leurs récits un plaisir presque personnel. Ils n'ont plusqu'une valeur morale ou littéraire, et n'excitent plus qu'une curiositéoisive. Quoique je sache combien l'expérience s'évanouit en passantd'une génération à l'autre, je ne crois pas qu'il n'en reste absolumentrien, ni que la connaissance précise des fautes des pères et des raisonsde leurs échecs demeure tout à fait sans fruit pour les enfants. Jevoudrais transmettre à ceux qui viendront après moi, et qui aurontaussi leurs épreuves, un peu de la lumière qui s'est faite, pour moi,à travers les miennes. J'ai défe