Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.

I

Madame Corentine

II 2

frontispiece

3

Madame
Corentine

Par
René Bazin
de l'Académie française

NelsonCalmann-Lévy
ÉditeursÉditeurs
189, rue Saint-Jacques3, rue Auber
ParisParis

4

RENÉ BAZIN
né en 1853


Première édition de «Madame
Corentine»: 1893

5

MADAME CORENTINE

I

Chaque dimanche, elles prenaient le petitchemin de fer de Saint-Aubin ou celui de Gorey,descendaient à une station au hasard, le longde la mer, et s'enfonçaient dans la fraîche campagnede Jersey. Elles faisaient un peu de toilettece jour-là, par coquetterie d'abord, et aussi parune sorte d'amour-propre national, pour ne pasêtre confondues avec ces troupes de jeunes Anglaises,vêtues d'une taille ronde et d'une robede satinette. On les voyait toujours seules. Ellespassaient la journée dehors, doucement, à causer,à se sentir occupées l'une de l'autre. MadameL'Héréec admirait l'éclosion rapide de cettegrande Simone, presque une femme, quinze ansbientôt, et dont elle avait toute la tendresse, tousles sourires, toute la grâce naissante. Elle se disait 6que rien ne lui manquait, puisqu'elle avait cela.Elle croyait se confier, parce qu'elle lui parlaitsérieusement, par moments, de choses peu sérieuses.Simone, de son côté, éprouvait la fiertéintime des êtres qui sont la joie, et qui la donnentaux autres. Elle se sentait grandir, au ton quesa mère prenait avec elle, à la surveillance plusétroite sous l'apparence de la même liberté; elledevinait quelque chose, pas tout, heureusement,du bien qu'elle faisait à ce cœur blessé. Et quandle soir venait, et qu'elles s'étaient vues ainsi, l'après-midientière, sans témoins, elle avait conscienceque sa mère, lasse et silencieuse, avaitl'âme plus calme, plus oublieuse, une sorte d'âmed'enfant comme elle.

Un dimanche de la fin de juillet, elles étaientparties, comme d'habitude, s'étaient arrêtées pourdéjeuner dans une auberge de Saint-Aubin, et,tantôt par la falaise, tantôt par la route, sous lesoleil chaud, avaient gagné la baie de Sainte-Brelade,la plus merveilleusement faite et lumineusede Jersey. Depuis plus d'une heure, madameL'Héréec se reposait, assise en ha

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